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El Niño : déjà des effets, quelles menaces en France ?

El Niño se renforce dans le Pacifique et pourrait atteindre une intensité exceptionnelle d’ici la fin de l’année 2026. Alors que des inondations et des sécheresses affectent déjà plusieurs régions du monde, une question se pose : quelles conséquences pour la France à l’approche de l’hiver ? Des influences sur les pluies et les températures sont possibles, mais les effets les plus directs concernent les territoires français d’outre-mer.

 

 

 

El Niño s’intensifie : des conséquences déjà visibles avant son pic

 

El Niño poursuit son renforcement ces dernières semaines, après s'être véritablement mis en place en juin 2026. La NOAA avait alors confirmé le développement du phénomène dans le Pacifique équatorial, avec des températures de surface de la mer supérieures aux normales. Les températures atteignent désormais des niveaux impressionnants avec des anomalies dans la région Niño 3.4 (région de référence) dépassent déjà +2 °C et se rapprochent des valeurs observées lors de certains des épisodes les plus intenses de ces dernières décennies. La hausse se poursuit d'ailleurs alors même que le phénomène n'a pas encore atteint son pic, laissant envisager un épisode potentiellement exceptionnel d'ici la fin de l'année.

 

Évolution des températures de la région 3.4 du Pacifique depuis le mois de janvier - NOAA

 

 

La NOAA observe déjà un renforcement des anomalies de vents au-dessus du Pacifique équatorial, avec des vents d'ouest plus forts que la normale près de la surface et des vents d'est en altitude. Ces changements dans la circulation atmosphérique s'accompagnent d'une activité convective plus importante que la normale sur le Pacifique central et oriental avec de ce fait des pluies plus abondantes qu'à l'accoutumer.

À l'inverse, cette activité reste réduite au-dessus de l'Indonésie, où les précipitations tendent à diminuer. Une répartition caractéristique de la mise en place d'El Niño, qui témoigne du renforcement du couplage entre l'océan et l'atmosphère ces dernières semaines.

 

Anomalies du rayonnement infrarouge sortant (OLR) entre le 7 septembre et le 2 octobre 2026 sur le Pacifique - NOAA

 

 

Les effets d'El Niño se sont déjà manifestés en Amérique du Sud ces dernières semaines. En Équateur, des pluies inhabituelles pour la saison ont été observées en septembre avec par exemple 25.6 mm relevés à Guayaquil durant les deux premières semaines du mois, soit plus de 36 fois la normale mensuelle. Des inondations ont également été signalées dans plusieurs secteurs de la région côtière équatorienne. Au Brésil, l'État de Santa Catarina a également été touché par de fortes pluies, des inondations et des glissements de terrain à partir du 21 septembre.

Cette situation contraste avec celle observée dans d'autres régions du continent, où le manque de pluie favorise notamment le déclenchement et la propagation des incendies. En Amazonie brésilienne, dans l'État d'Amazonas, 1 679 incendies ont été recensés durant les deux premières semaines d'octobre, une hausse de 253 % par rapport à la même période en 2025. Le retard des pluies, associé aux effets d'El Niño contribue à aggraver la situation sur cette région.

Cette multiplication des incendies a également des conséquences directes sur les populations, notamment en raison des fumées qui dégradent fortement la qualité de l'air. À Manaus, la situation a conduit la municipalité à suspendre les cours dans les écoles publiques le 9 octobre, tandis que les activités en présentiel dans les services administratifs municipaux ont été interrompues. Le 10 octobre, l'état d'urgence a été reconnu par le gouvernement fédéral dans 36 communes de l'État d'Amazonas, afin de faciliter le déploiement de moyens supplémentaires dans la lutte contre les incendies.

Au-delà des inondations et des incendies, l'OMM met également en garde contre les risques sanitaires et humanitaires liés au renforcement d'El Niño. Le 23 septembre, l'organisation soulignait que les fortes chaleurs, les sécheresses et les inondations pourraient fragiliser l'accès à l'eau potable, perturber les récoltes et favoriser la propagation de certaines maladies, notamment celles transmises par les moustiques dans les prochains mois. Les populations déjà confrontées à la pauvreté, à l'insécurité alimentaire ou à un accès limité aux soins sont particulièrement exposées à ces risques.

 

 

La France peut-elle être touchée cet hiver ?

Le phénomène se développe à des milliers de kilomètres, mais son influence peut se propager jusqu’à l’Atlantique et à l’Europe. Selon Météo-France, les épisodes El Niño s’accompagnent en moyenne de conditions un peu plus humides et plus douces en Europe occidentale en novembre et décembre. En janvier et février, un signal plus humide apparaît également sur le sud-ouest de l’Europe.

Pour la France métropolitaine, ces tendances méritent donc d’être surveillées à l’approche de l’hiver. Elles ne permettent toutefois pas d’annoncer davantage de tempêtes ou d’inondations : les effets restent variables d’un épisode à l’autre, même lorsqu’El Niño est très puissant. Les territoires français d’outre-mer situés dans les régions tropicales sont plus directement exposés à son influence.

 

Un pic attendu d'ici la fin de l'année

 

Selon les dernières prévisions, El Niño devrait encore s'intensifier au cours des prochains mois, avant d'atteindre son pic entre la fin de l'automne et le début de l'hiver. Les modèles de l'Université Columbia et de l'IRI anticipent des anomalies de température de surface de la mer proches de +3,5 °C dans la région Niño 3.4, un niveau exceptionnel qui pourrait placer cet épisode parmi les plus intenses jamais observés.

En comparaison, les épisodes de 1997-1998 et de 2015-2016, considérés comme les plus puissants jamais observés depuis le début des mesures modernes, avaient atteint des anomalies maximales d'environ +2,4 °C dans cette région du Pacifique. Si ces prévisions se confirment, El Niño pourrait donc dépasser ces deux événements déjà considérés comme historiques.

 

Prévisions de l'évolution d'El Niño dans les prochains mois - Université Columbia et IRI

 

 

Selon les prévisions de l'OMM pour octobre à décembre 2026, des températures supérieures aux normales sont attendues sur une grande partie des terres émergées, notamment en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Du côté des précipitations, des pluies plus abondantes que la normale sont envisagées entre le nord-est de l'Afrique et le sud-est de l'Amérique du Sud, tandis qu'un temps plus sec est attendu en Amérique centrale, dans les Caraïbes, dans le nord-ouest de l'Amérique du Sud ainsi que sur une large partie de l'Asie du sud-est. 

 

Anomalies de précipitations et de températures sur le globe pour le trimestre octobre-décembre 2026 - NMME

 

 

Les conséquences pourraient être particulièrement importantes pour les populations dépendantes de l'agriculture pluviale. Dans les régions touchées par le manque de précipitations, la baisse des rendements agricoles et les pertes de bétail risquent de fragiliser les revenus des ménages. À l'inverse, les pluies excessives et les inondations peuvent détruire les cultures, endommager les infrastructures et compliquer l'accès à l'eau potable. L'ampleur de ces impacts dépendra toutefois de la localisation exacte des anomalies météorologiques, de leur intensité de leur durée dans les prochains mois.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte déjà sur les conséquences possibles pour la sécurité alimentaire. Selon ses estimations, le renforcement d'El Niño pourrait aggraver l'insécurité alimentaire dans au moins 45 pays du monde, avec 49 millions de personnes supplémentaires susceptibles de basculer dans une situation d'insécurité alimentaire aiguë d'ici la fin de l'année 2027. Ces pays sont déjà confrontés à des situations difficiles, marquées notamment par la pauvreté, les conflits et les difficultés économiques. Les perturbations météorologiques attendues dans les prochains mois pourraient ainsi accentuer les pénuries alimentaires et aggraver la situation des populations les plus vulnérables.

Les effets d'El Niño pourraient se prolonger bien après son pic attendu en fin d'année. Les prochains mois pourraient ainsi être marqués par des épisodes de sécheresse, de fortes pluies et de chaleur dans plusieurs régions du monde. Ces conditions météorologiques risquent notamment de perturber les récoltes, de limiter les ressources en eau et d'aggraver l'insécurité alimentaire dans les pays les plus vulnérables.

 

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Auteur : Tristan Bergen

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris