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Pourquoi fait-il frais alors que la planète enregistre des températures records ?

Les températures sont actuellement en dessous des normales en France. Certains se servent de cette fraîcheur passagère pour avancer des thèses climatosceptiques. Prenons un peu de hauteur pour analyser les températures à grande échelle.

 

 

Une fraîcheur locale ne dit rien de ce qui se passe ailleurs

 

Actuellement, les températures se trouvent en dessous des normales saisonnières en France et sur les Îles Britanniques. Ces conditions fraîches sont une aubaine pour les climatosceptiques qui l'utilisent pour nier la réalité du réchauffement climatique, encore plus après la canicule record survenue à la fin mai 2026 dans notre pays.

Pourtant, c'est un raccourci plus que simpliste. Pour juger de l'évolution du climat, prendre une période de temps trop courte (comme un ou deux jours) ou une zone géographique restreinte (comme la France) est une erreur de débutant. L'évolution du climat se juge sur de longues périodes de temps et surtout à grande échelle, que ce soit sur un continent ou la totalité du globe.

Or, il suffit de sortir du nombrilisme pour se rendre compte que l'anomalie fraîche en cours sur la France est loin d'être une tendance globale. Sur la carte ci-dessous, on voit à quel point les anomalies chaudes prédominent nettement sur l'Afrique, l'Europe méditerranéenne, la Scandinavie ou encore la Russie (ainsi qu'en Amérique du Nord).

 

Anomalie thermique observée ce mardi 9 juin 2026 - climatereanalyzer.org

 

 

Pour être encore plus factuel, il suffit de se référer à la température moyenne mesurée sur Terre. Nous disposons de relevés quotidiens qui permettent une vision objective de l'anomalie thermique globale. Début juin 2026, la température moyenne sur Terre était la deuxième plus haute jamais enregistrée, uniquement battue par début juin 2024.

La température moyenne à la surface de la Terre est actuellement de 16,4°C, représentant un excédent de +0,6°C par rapport aux normales climatologiques calculées sur la période 1991-2020 et un excédent de +0,9°C par rapport aux normales 1979-2000. Preuve que s'il fait frais en France, la planète est très loin de connaître une période fraîche.

Comme nous venons de l'évoquer, prendre un seul jour comme référence ne permet pas de dégager une tendance climatique. Cependant, le graphique ci-dessous nous montre que la température mondiale de 2026 (courbe en rouge) flirte presque constamment avec les records hauts, et ce après une année 2025 (courbe en orange) qui était du même acabit.

Que ce soit en 2025 ou en 2026, il n'y a littéralement eu aucun jour où la température moyenne sur Terre fut inférieure ou conforme aux normales climatiques, même si l'on prend comme référence les normales les plus récentes (1991-2020). Cette donnée traduit bien plus une tendance de fond que la fraîcheur épisodique de ce début juin en France.

 

Température quotidienne mesurée sur Terre - climatereanalyzer.org

 

 

La France n'est pas non plus sur des bases fraîches

 

Non seulement la France n'est pas un horizon suffisant pour juger de l'évolution globale du climat, mais se focaliser sur quelques jours frais début juin est également une très mauvaise lecture. Sur les 365 derniers jours, près de 250 ont enregistré un excédent thermique dans l'hexagone, contre 115 avec un déficit thermique.

Par ailleurs, on constate rapidement sur le graphique ci-dessous que les jours "frais" connaissent un déficit souvent assez faible par rapport aux normales, tandis que les pics de douceur et de chaleur enregistrent très régulièrement des excédents thermiques remarquables.

D'ailleurs, c'est exactement ce qu'il s'est produit ces dernières semaines. Nous connaissons actuellement un petit coup de fraîcheur avec des températures seulement quelques degrés en dessous des normales alors que l'épisode de chaleur connu à la fin mai a connu des températures 10 à 15°C au dessus des moyennes de saison et fait tomber plus de 1.000 records !

 

Écart à la normale des températures en France au cours des 365 derniers jours - via Serge Zaka

 

Les climatosceptiques appliquent souvent le biais de confirmation. À la moindre petite fraîcheur, ils font énormément de bruit et sont convaincus que c'est une preuve que le réchauffement climatique n'existe pas. En revanche, quand une canicule historique survient au mois de mai et que les records de chaleur pleuvent, ils s'enferment dans un profond déni, contestent les chiffres et la couleur des cartes. À ce stade, il n'y a plus de réflexion mais uniquement de l'idéologie.

 

 

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Auteur : Alexandre Slowik

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris