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Que se passerait-il si les pluies ne revenaient pas cet automne et cet hiver ?

Sécheresse : que se passerait-il si les pluies ne revenaient pas cet automne et cet hiver ? - Sécheresse record en cours dans de nombreuses régions françaises en cette dernière décade de septembre 2026, ici dans le département de l'Yonne. (via@OlivierCOSTE2)

 

Une sécheresse historique

La sécheresse continue de s'aggraver en France en cette fin septembre en raison de conditions durablement anticycloniques et sèches qui persistent sur notre pays depuis le début du mois, faisant suite à un été déjà particulièrement sec. Une seule journée avec plus de 1 mm de précipitations à l’échelle nationale a été observée depuis le début de septembre, le 8. Au 20 septembre, 84 % du territoire était ainsi concerné par une sécheresse des sols décennale, une situation exceptionnelle pour cette période de l’année.

 

Le manque de précipitations est d'ailleurs particulièrement remarquable dans plusieurs villes françaises. À Ajaccio (2A), aucune pluie n’a été relevée depuis le 20 août, soit plus d’un mois, tandis que la dernière remonte au 27 août au Luc (83), au 24 août à Nice (06) et au 29 août à Romorantin (41) et Paris-Montsouris (75). Même constat à Savigny-Véron (37), où aucune précipitation n’a été observée depuis le 26 août.

 

Cette situation intervient après un été déjà très sec et chaud, et les quelques pluies tombées durant la deuxième quinzaine d’août n’ont pas permis d’inverser durablement la tendance. Depuis le début du mois, les sols se sont de nouveau asséchés sur l’ensemble du pays, alors qu’ils devraient normalement commencer à retrouver de l’humidité à cette époque. Dans plusieurs secteurs, notamment du Sud-Ouest au Nord-Est, la sécheresse des sols atteint même des niveaux jamais observés à cette période de l'année.

Évolution de l'indice d'humidité des sols sur la France depuis le 1er janvier 2026 - Météo-France 

 

Du côté des nappes phréatiques, la situation reste également préoccupante. Le dernier bilan du BRGM, arrêté au 15 septembre, indique que 81 % des niveaux sont encore en baisse, tandis que 62 % des points d’observation se situent sous les normales mensuelles. Certaines nappes du Massif central, du Jura ou encore du nord de l’Alsace présentent des niveaux particulièrement bas, même si la situation reste contrastée selon les régions.

État des nappes phréatiques à l'échelle de la France au 15 septembre 2026 - BRGM

 

Même si un changement de temps se profile dans les prochaines semaines, avec le retour de perturbations et de précipitations plus régulières dans le courant du mois d'octobre, la situation reste particulièrement tendue en ce début d'automne calendaire à l'échelle du pays.

D’après les dernières données de VigiEau au 21 septembre, 76 départements français comportaient encore des zones placées en situation de crise, le niveau de restriction le plus élevé, tandis que 16 autres comptaient des secteurs en alerte renforcée. Le retour des pluies sera donc particulièrement attendu, mais il sera nécessaire que ces précipitations soient suffisamment durables et régulières pour permettre une véritable amélioration de la situation dans les prochains mois. 

 

Et si l'eau continuait à manquer ? 

Si le déficit pluviométrique venait à se prolonger dans les prochaines semaines, les cours d’eau, déjà très bas dans de nombreuses régions, pourraient continuer à voir leur débit diminuer. Au 1er septembre, 1 424 cours d’eau suivis par l’Office français de la biodiversité étaient déjà concernés par une rupture d’écoulement ou un assec, soit 44 % des cours d’eau observés.

 

Une poursuite de cette baisse favoriserait donc la multiplication des assecs, avec des conséquences importantes pour les milieux aquatiques et la biodiversité, mais pourrait également peser sur la production d’électricité. Une baisse des débits réduit en effet le potentiel de production des barrages hydroélectriques et peut compliquer le refroidissement de certaines centrales nucléaires. Le phénomène s’est encore produit récemment : en septembre, la centrale du Bugey a dû arrêter temporairement un de ses réacteurs en raison des conditions de température du Rhône. Si les niveaux des cours d’eau venaient à continuer de baisser, ce type de situation pourrait donc se multiplier.

 

La situation des nappes phréatiques sera également déterminante dans les prochains mois. L’automne et l’hiver constituent normalement une période essentielle pour leur recharge, mais si les pluies venaient encore à manquer, les niveaux pourraient rester très bas et les réserves disponibles continuer à diminuer. Cela pourrait fragiliser l’alimentation de certains cours d’eau, mais aussi rendre plus difficiles les prélèvements pour l’eau potable et l’agriculture dans les secteurs les plus touchés, avec un risque de restrictions qui se prolongeraient jusqu’au printemps 2027.

 

La France a déjà connu par le passé des épisodes de sécheresse s’étendant sur plusieurs saisons. Le cas de 1989-1990 reste le plus remarquable : selon Météo-France, la sécheresse des sols avait débuté en juin 1989 et ne s’était achevée qu’en mars 1990, soit environ 10 mois. Elle avait atteint près de 68 % du territoire au plus fort de l’épisode. L’année 1989 avait par ailleurs été la moins pluvieuse jamais enregistrée en France depuis 1959, avec un déficit annuel de 25 % par rapport à la normale.

Historique des épisodes de sécheresse estivale durables sur la France - Météo-France

 

L’année 2005 avait également connu une sécheresse particulièrement longue, pendant près de neuf mois, tandis que 2022 avait débuté dès le mois de mars et s’était prolongée durant environ huit mois. Ces épisodes montrent qu’un déficit de pluie installé au printemps ou en été peut parfois se prolonger bien au-delà de la saison chaude.

 

La sécheresse de 1976 reste également un précédent majeur en France. Après un hiver et un printemps déjà très déficitaires en précipitations, la situation s’était fortement aggravée durant l’été, avec des conséquences considérables pour l’agriculture, les cours d’eau et les réserves en eau. La situation avait toutefois commencé à s’améliorer progressivement à partir de la fin de l’année, avec le retour d’un temps plus perturbé et de précipitations plus régulières, avant que l’amélioration ne se poursuive et ne s'affirme véritablement durant les premiers mois de 1977.

 

Bien heureusement, un scénario similaire semble vouloir se mettre en place sur la France dans les prochaines semaines et les prochains mois. Les modèles saisonniers font en effet état d'un temps devenant plus humide et perturbé à partir du mois d'octobre sur la France avec la reprise du courant océanique, les pluies devraient ainsi se montrer plus régulières et potentiellement perdurer tout au long de l'hiver prochain. 

Anomalies de précipitations envisagées entre octobre 2026 et février 2027 sur l'Europe - Modèle C3S

 

 

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Auteur : Tristan Bergen

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris