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Un an de pluie en 24 heures à la mi-octobre !

 

Le déluge le plus incroyable de l'histoire météorologique de France

 

 

À la mi-octobre 1940, une catastrophe météorologique d'une violence exceptionnelle frappe les Pyrénées-Orientales. En seulement 24 heures, il tombe localement l'équivalent d'une année de pluie. La vallée du Tech est dévastée, notamment à Amélie-les-Bains, où des quartiers entiers disparaissent sous les eaux. Retour sur l'un des épisodes pluvieux les plus extraordinaires jamais observés en France.

 

 

Une situation météorologique qui tourne au cauchemar

 

En cette mi-octobre 1940, la France traverse les premiers mois de l'Occupation. Dans les Pyrénées-Orientales, les habitants ignorent encore qu'une catastrophe naturelle historique est sur le point de bouleverser leur existence.

Une vaste dépression s'étire de l'Atlantique vers la péninsule Ibérique, tandis que des hautes pressions occupent le nord-est de l'Europe. Cette configuration favorise un puissant courant d'est à sud-est, acheminant de l'air méditerranéen particulièrement doux et humide vers les Pyrénées. En rencontrant les reliefs du Vallespir et du Canigou, cet air est brutalement soulevé. Les précipitations se renforcent et se renouvellent presque continuellement sur les mêmes secteurs.

Dès le 16 octobre, les pluies deviennent particulièrement abondantes. Les sols se saturent, les torrents grossissent et les premières inquiétudes apparaissent. Mais le pire reste à venir.

 

Situation météorologique du 17 octobre 1940. Une dépression sur la péninsule Ibérique favorise l'arrivée d'air humide méditerranéen vers les Pyrénées. 

 

 

17 octobre 1940 : jusqu'à un mètre de pluie en une journée !

 

Le jeudi 17 octobre, les précipitations atteignent une intensité presque inimaginable. Dans les montagnes surplombant la vallée du Tech, la pluie tombe sans relâche. À l'usine électrique de La Llau, 840 mm sont officiellement relevés en 24 heures. Cette valeur, déjà extraordinaire, sous-estime probablement la réalité puisque le pluviomètre déborde à quatre reprises.

À Saint-Laurent-de-Cerdans, un instituteur relève même environ 1 000 mm en une seule journée, une mesure historique dont la précision reste toutefois moins assurée. Sur l'ensemble de l'épisode, du 16 au 20 octobre, le cumul atteint 1 930 mm à Saint-Laurent-de-Cerdans, soit près de deux mètres d'eau !

À titre de comparaison, Amélie-les-Bains reçoit habituellement environ 894 mm de précipitations sur une année entière, selon les normales 1991-2020. Autrement dit, en quelques heures, certains secteurs reçoivent davantage d'eau qu'ils n'en connaissent normalement en douze mois !

 

 

Cumuls de précipitations du 17 octobre 1940. Jusqu'à 840 mm à La Llau et environ 1 000 mm à Saint-Laurent-de-Cerdans !

 

 

Amélie-les-Bains : des immeubles entiers emportés par le Tech

 

Dans la vallée, la situation devient dramatique. Les versants abrupts accélèrent le ruissellement, transformant les ruisseaux en torrents furieux. Des quantités colossales d'eau, de boue et de rochers convergent vers le Tech.

Le 17 octobre, la rivière entre dans une crue exceptionnelle. À Amélie-les-Bains, la montée des eaux devient particulièrement inquiétante dans l'après-midi. Vers 15 heures, le courant atteint déjà le secteur du casino, dont une partie s'effondre. Une accalmie temporaire fait naître l'espoir, mais la rivière reprend sa progression en soirée. Vers 19 heures, le casino est entièrement détruit.

Durant la nuit du 17 au 18 octobre, la catastrophe atteint son paroxysme. Des maisons s'écroulent, des ponts sont arrachés, des routes disparaissent. Des habitants tentent de gagner les étages supérieurs, tandis que d'autres n'ont pas le temps d'échapper aux flots. Le fracas des constructions qui s'effondrent se mêle au grondement incessant de la rivière. Au matin, certains quartiers d'Amélie-les-Bains ne sont plus reconnaissables. Là où s'élevaient des habitations, il ne reste que des amas de pierres, de troncs d'arbres et de décombres.

 

 

Amélie-les-Bains dévastée en octobre 1940. Le pont principal de la ville totalement dévasté après la crue du 17 octobre 1940. Journal l'Illustration. 

 

 

Un barrage naturel et des destructions sur toute la vallée

 

En amont, près du secteur de l'Avellanosa, un important glissement de terrain provoque la formation d'un barrage naturel sur le cours du Tech.

Longtemps, la rupture supposée de cet obstacle a été considérée comme une cause majeure des destructions en aval. Mais les études hydrologiques menées depuis ont nuancé cette interprétation : ce glissement aurait plutôt contribué à atténuer temporairement la crue. La catastrophe s'explique avant tout par les quantités exceptionnelles de précipitations tombées sur des versants déjà saturés.

Les destructions ne concernent pas seulement Amélie-les-Bains. Arles-sur-Tech, Prats-de-Mollo, Le Tech et plusieurs villages du Vallespir subissent également des dommages considérables. Plus loin, la Têt déborde à son tour, provoquant des inondations jusque dans Perpignan.

Le bilan humain est effroyable : 57 décès sont documentés dans les Pyrénées-Orientales, dont une grande partie à Amélie-les-Bains. De l'autre côté de la frontière, en Catalogne espagnole, plusieurs centaines de personnes périssent également.

 

 

Les ravages de la crue à Amélie-les-Bains, le 17 octobre 1940

 

 

Une catastrophe longtemps restée dans l'ombre

Les jours suivants, les secours découvrent une vallée méconnaissable. Des bâtiments ont disparu, des routes sont coupées et d'immenses quantités de matériaux encombrent le lit des rivières. La Seconde Guerre mondiale limite considérablement la diffusion des informations. Les prévisions météorologiques sont soumises à des restrictions militaires et les grands journaux nationaux consacrent relativement peu de place à cette tragédie.

Pourtant, l'événement demeure exceptionnel à l'échelle européenne. Il constitue encore aujourd'hui une référence incontournable pour l'étude des pluies extrêmes et des crues torrentielles. Quatre-vingt-six ans plus tard, l'Aiguat d'octobre 1940 rappelle qu'un épisode méditerranéen peut, dans certaines circonstances, transformer une vallée entière en un véritable champ de ruines.

 

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Auteur : Guillaume Séchet >>>

 

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris