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Avec El Niño, certaines régions risquent un hiver glacial : et la France ?

11 Janvier 1987 : une vague de froid exceptionnelle frappe la France alors qu’un épisode El Niño modéré à fort est déjà bien installé dans le Pacifique équatorial.

 

Avec El Niño, certaines régions risquent un hiver glacial : et la France ?

Le puissant El Niño qui se met en place dans le Pacifique devrait fortement perturber la circulation atmosphérique à l’échelle de la planète durant l’hiver 2026-2027. Ses effets seront particulièrement marqués en Amérique du Nord, mais l’Europe pourrait également connaître un hiver très perturbé. En France, les tendances restent pour l’instant très douces et humides, même si une menace plus froide pourrait apparaître en fin de saison.

El Niño est désormais bien installé sur le Pacifique tropical et devrait encore se renforcer au cours des prochains mois. Cet épisode pourrait même devenir l’un des plus puissants observés, ce qui augmente la probabilité d’effets importants sur la circulation générale de l’atmosphère.

Le phénomène ne se limite en effet pas à une simple anomalie de température de l’océan. En modifiant les échanges de chaleur entre le Pacifique et l’atmosphère, El Niño perturbe les grands courants atmosphériques et notamment le courant-jet. Ces effets se propagent ensuite à des milliers de kilomètres, notamment vers l’Amérique du Nord, mais aussi vers l’Europe.

 

Un courant-jet repoussé vers le sud sur l’Amérique du Nord

 

Les conséquences d’El Niño sont particulièrement nettes sur l’Amérique du Nord. Lors de ce type d’hiver, le courant-jet du Pacifique a tendance à s’étendre davantage vers l’est et à circuler plus au sud que lors d’une situation neutre.

Cette configuration favorise généralement un temps plus doux sur une grande partie du Canada et du nord des États-Unis. À l’inverse, les régions situées plus au sud sont davantage exposées aux perturbations, aux pluies et parfois à des épisodes plus froids.

 

Effets généralement observés d’El Niño sur l’hiver nord-américain. Le courant-jet du Pacifique circule plus au sud, favorisant un hiver plus doux au Canada et au nord des États-Unis, tandis que le sud du pays est davantage exposé aux perturbations et à un air plus frais.

 

Ce schéma n’est jamais exactement identique d’un hiver à l’autre, mais il fait partie des téléconnexions les mieux identifiées associées à El Niño. En revanche, plus on s’éloigne du Pacifique tropical, plus les conséquences deviennent complexes et dépendantes d’autres paramètres atmosphériques.

 

Un bouleversement visible jusque dans la circulation générale

 

Les projections saisonnières pour l’hiver 2026-2027 illustrent bien cette réorganisation à grande échelle. Le champ moyen de géopotentiel prévu par ECMWF montre une circulation particulièrement structurée entre le Pacifique, l’Amérique du Nord et l’Atlantique.

L’Amérique du Nord pourrait notamment connaître un contraste important entre un nord plus doux et des zones plus perturbées au sud et à l’est. Une telle configuration a également des conséquences sur la répartition de la neige et sur la fréquence des épisodes hivernaux dans certaines régions.

 

Anomalies moyennes de géopotentiel prévues par ECMWF pour l’hiver 2026-2027. Le puissant El Niño devrait fortement modifier la circulation générale entre le Pacifique, l’Amérique du Nord et l’Atlantique.

 

Mais cette influence ne s’arrête pas aux côtes américaines. En modifiant l’organisation du courant-jet sur l’ensemble de l’hémisphère nord, El Niño peut également avoir des répercussions indirectes sur l’Atlantique et l’Europe.

 

 

En Europe, un effet beaucoup moins direct

 

Contrairement à l’Amérique du Nord, il n’existe pas de conséquence automatique d’El Niño sur l’hiver européen. L’influence du Pacifique doit passer par plusieurs relais atmosphériques avant d’atteindre l’Atlantique Nord.

ECMWF rappelle que la réponse européenne varie fortement selon les épisodes et selon la période de l’hiver. Le signal d’El Niño peut même changer entre le début et la fin de la saison. En moyenne, les effets apparaissent souvent plus nettement durant la seconde partie de l’hiver, notamment entre janvier et février.

Le Met Office souligne également que les épisodes El Niño sont souvent associés à un automne et un début d’hiver plus doux, plus humides et plus venteux sur le Royaume-Uni et une partie de l’Europe du Nord, avant qu’une tendance parfois plus froide et plus calme n’apparaisse en seconde partie d’hiver.

 

 

Un hiver exceptionnellement doux en moyenne sur la France ?

 

Pour l’instant, les tendances saisonnières restent pourtant très claires sur la France.

Le modèle américain CFSv2 prévoit, sur l’ensemble de la période décembre-janvier-février, des températures largement supérieures aux normales sur la quasi-totalité de l’Europe, avec une anomalie particulièrement marquée sur l’Europe centrale.

La France se situerait elle aussi nettement au-dessus des normales saisonnières.

 

Anomalies de températures prévues par le modèle CFSv2 pour l’ensemble de l’hiver 2026-2027. La douceur dominerait largement sur la France et sur une grande partie de l’Europe.

 

Ce signal n’est pas surprenant. Lors des puissants épisodes El Niño, le début de l’hiver peut favoriser une circulation océanique active sur l’Europe occidentale, avec des masses d’air souvent douces en provenance de l’Atlantique.

Cela ne signifie toutefois pas que chaque semaine sera douce. Une prévision saisonnière décrit une moyenne sur plusieurs mois et ne permet pas d’exclure une période beaucoup plus froide de quelques jours ou de quelques semaines.

 

 

Beaucoup de pluie et une circulation atlantique très active ?

 

Les tendances de précipitations sont également assez parlantes. Le CFSv2 envisage pour l’hiver un excédent pluviométrique sur une bonne partie de l’Europe occidentale, notamment sur la France.

Cette configuration serait cohérente avec un courant-jet atlantique puissant, dirigeant régulièrement des perturbations vers les îles Britanniques, la France et le nord du continent.

 

Anomalies de précipitations prévues par le CFSv2 pour l’hiver 2026-2027. La France se situerait dans une zone plus humide que la normale, signe possible d’une circulation atlantique particulièrement active.

 

Le scénario dominant serait donc celui d’un hiver doux, très humide et fréquemment perturbé, notamment durant la première partie de la saison. Le risque de séquences venteuses voire tempétueuses pourrait également être supérieur à la normale si le courant-jet demeure puissant au-dessus de l’Atlantique.

 

Et si le froid apparaissait en fin d’hiver ?

 

C’est là que la situation devient plus intéressante.

Les études consacrées aux précédents El Niño montrent qu’en Europe du Nord, le signal peut progressivement devenir plus froid durant la seconde partie de l’hiver, alors que le début de saison est souvent plus doux et perturbé. ECMWF évoque notamment une tendance historique vers des conditions plus froides en Europe du Nord durant janvier et février lors de certains épisodes El Niño.

Le Met Office évoque également une association entre El Niño et des fins d’hiver plus froides et plus calmes sur le nord-ouest de l’Europe.

Si de hautes pressions venaient alors à se renforcer vers la Scandinavie ou le Groenland, le courant océanique pourrait être temporairement coupé. De l’air beaucoup plus froid présent sur l’Europe du Nord ou la Russie pourrait alors se diriger vers l’Europe occidentale.

La France se retrouverait-elle concernée ? Impossible de l’affirmer à plusieurs mois d’échéance, mais ce scénario reste possible, même si la moyenne de l’hiver demeure très douce.

 

El Niño n’empêche absolument pas les vagues de froid

 

L’histoire météorologique montre d’ailleurs qu’un puissant El Niño n’est pas incompatible avec des épisodes hivernaux sévères en France.

Certains hivers El Niño ont connu des vagues de froid remarquables, tandis que d’autres sont restés très doux. Les épisodes de 1982-1983, 1997-1998 ou 2015-2016 montrent d’ailleurs à quel point les conséquences peuvent varier d’un événement à l’autre.

Cette grande variabilité confirme qu’El Niño n’est qu’un des nombreux facteurs déterminant l’hiver européen. La NAO, le vortex polaire, les réchauffements stratosphériques ou encore la position exacte des centres d’action sur l’Atlantique jouent également un rôle essentiel.

Un hiver doux… mais peut-être pas sans surprise

À ce stade, le scénario dominant pour la France reste donc celui d’un hiver 2026-2027 très doux, particulièrement humide et régulièrement perturbé.

Mais ce puissant El Niño pourrait aussi favoriser une réorganisation de la circulation en fin de saison. Une période de froid marqué reste donc envisageable, notamment si les hautes pressions remontent vers le nord de l’Europe et permettent à l’air continental de gagner l’ouest du continent.

Autrement dit, la douceur pourrait largement dominer en moyenne, sans exclure pour autant une offensive hivernale beaucoup plus marquée en fin de saison.

 

 

 

Auteur : Guillaume Séchet >>>

 

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris

Hiver 2026-2027 : El Niño peut-il déclencher une vague de froid en France ? 16/09/2026