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Cette canicule est-elle sans précédent depuis au moins 1000 ans en France ?

Si d'autres vagues de chaleur intenses ont été observées dans le passé (ici à Paris avec 40°C à l'ombre en 1947), ont-elles atteint la même intensité que la canicule de juin 2026 ? 

 

Une canicule exceptionnelle, devant celle de 2003

 

Si la canicule de la fin du mois de mai s'était montré inédite depuis le début des relevés météorologiques par sa précocité, l'histoire climatologique française a de nouveau été réécrite moins d'un mois plus tard.

 

Entre le 18 et le 28 juin 2026, les températures ont atteint des niveaux jamais observés sur les ¾ du pays. Durant cette période, ce sont en effet 764 stations françaises qui ont battu leur record mensuel de chaleur et 289 stations qui ont battu leur record absolu, ce qui représente respectivement 65 et 25% des stations météorologiques du territoire français métropolitain.

 

Outre les records de températures maximales, de très nombreux records de températures minimales, mensuels et absolus, ont également été battus à travers le pays. On peut par exemple citer les 29,5°C de minimale à Paris-Lariboisière le 26 juin 2026, ce qui pourrait représenter un record mondial à une latitude aussi nord (48°51').

Records mensuels et absolus de chaleur battus sur la France entre le 18 et le 28 juin 2026 – Météo-Villes

 

 

Cette canicule a ainsi battu de très nombreux records à l'échelle du pays. Les deux journées les plus chaudes depuis le début des relevés météorologiques ont ainsi été observés la semaine dernière, respectivement les 23 et 24 juin avec un indicateur thermique national atteignant pour la première fois les 30°C.

Journées les plus chaudes jamais enregistrées en France – Météo-Villes

 

Ainsi, la canicule de juin 2026 devance la fameuse canicule d'août 2003, jusqu'ici la référence en terme de chaleur à l'échelle de la France, au niveau de son intensité. Notons tout de même que la canicule d'août 2003 fut sensiblement plus longue avec une durée de 16 jours contre 13 en juin 2026.

L'élément le plus marquant durant cette canicule de la fin juin 2026 fut notamment l'étendue de la chaleur intense, avec comme cité précédemment des centaines de records battus à travers le pays, certains durant plusieurs jours d'affilé, et ce de jour comme de nuit.

 

Une canicule sans précédent depuis 1000 ans ?

 

Cette canicule a donc surpassé la fameuse canicule de 2003 en terme d'intensité. Il est également difficile de retrouver une période aussi intensément chaude que celle de la fin juin 2026 dans un passé plus lointain.

Les grandes canicules du 20ème siècle, comme celles de 1911 ou 1947, 1975 ou 1983 ont bien existé et ont parfois été longues, mais jamais avec une telle intensité avec des niveaux de chaleur de l'ordre de 34 à 38°C en général, alors que les épisodes les plus récents atteignent désormais fréquemment les 38 à 42°C comme ce fut le cas ces derniers jours sur la majorité du pays.

Il est d'ailleurs important de rappeler que certaines anciennes valeurs extrêmes doivent être interprétées avec prudence, car elles ont pu être surestimées en raison des conditions de mesure de l’époque, notamment avec les anciens abris météorologiques ouverts. L’exemple du record longtemps attribué à Toulouse-Francazal avec 44°C en août 1923 est cité, tout comme les 40,4°C de Paris en juillet 1947, probablement surestimés par rapport aux standards actuels.

 

Canicules en fonction de leur intensité depuis 1940 en France – Météo-France

 

 

Ainsi, aucune vague de chaleur ne semble avoir atteint l'intensité de celle de juin 2026 depuis le début des relevés météorologiques. Avant cela, les données directes de températures sont difficiles à dénicher et même complètement absentes pour les épisodes les plus anciens.

On peut par exemple citer l'été caniculaire de 1811, extrêmement chaud et sec sur une grande partie de l'Europe, y compris en France. Les vendanges sont précoces et les vins produits cette année-là restent célèbres. Selon les données de l'époque, peu nombreuses, il est néanmoins probable que les températures avaient plutôt atteint 35 à 38°C en général sur la France.

L'été 1718 est également considéré comme l'un des plus chauds du XVIIIᵉ siècle en Europe occidentale. La chaleur est persistante sur plusieurs semaines et s'accompagne d'une sécheresse importante dans de nombreuses régions françaises selon les chroniques de l'époque, sans toutefois que des données fiables de températures aient été retenues.

Il faut de toute façon garder à l'esprit que les comparaisons avec les canicules modernes (comme 2003, 2019, 2022 ou 2025-2026) sont délicates. Le réseau de mesures avant 1850 était beaucoup plus limité, et la température moyenne de fond était environ 1,5 à 2 °C plus basse qu'aujourd'hui selon les données climatologiques. Cela signifie qu'une vague de chaleur du XIXᵉ siècle pouvait être exceptionnelle pour son époque, même si ses températures absolues étaient souvent inférieures à celles observées lors des canicules récentes.

Dans le dernier millénaire, seul l'été 1540 pourrait rivaliser avec les canicules actuelles selon les livres d'histoire. Celui-ci est en effet souvent considéré comme l'un des plus extrêmes des deux derniers millénaires en Europe avec des chroniques témoignant de chaleur et de sécheresse durant plusieurs mois en France. Selon les reconstitutions climatiques, cet épisode aurait pu rivaliser avec les plus grandes canicules modernes en termes de durée dans certaines régions d'Europe occidentale, même si les températures maximales exactes restent inconnues.

 

Évolution des températures moyennes en Europe depuis 150 000 ans – Météo-Villes

 

 

D'après les données climatiques, il faut prendre en considération que tels épisodes auraient été hautement improbables, voire impossibles, dans le climat du XXe siècle et sans doute durant une grande partie des siècles précédents. S'il est quasiment impossible d'affirmer avec certitude qu'une vague de chaleur similaire à celle que nous venons de connaître s'est déjà produite dans le dernier millénaire, la probabilité se montre extrêmement faible.

Selon les données climatologiques en France et en Europe, il serait peut-être nécessaire de remonter jusqu'au précédent âge interglaciaire pour retrouver des températures moyennes similaires sur notre continent, soit plus de 100 000 ans !

 

 

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Auteur : Tristan Bergen

 

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris