Jusqu'à 10 cm de neige en plaine début novembre : cela s'est déjà produit !
Des chutes de neige abondantes dès les premiers jours de novembre, jusque dans les plaines françaises ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce scénario s'est déjà produit. Les 3 et 4 novembre 1966, plusieurs régions se retrouvent sous un manteau blanc, avec 4 à 5 cm à Paris et jusqu'à 10 cm à Poitiers. Un événement d'autant plus spectaculaire que les arbres portent encore leurs feuilles. Soixante ans plus tard, cet épisode rappelle que l'hiver peut parfois faire irruption bien avant décembre.
Début novembre 1966 : jusqu'à 10 cm de neige en plaine, un épisode remarquable
Au début du mois de novembre 1966, la circulation atmosphérique prend une tournure franchement hivernale sur une partie de l'Europe occidentale. Une masse d'air froid gagne la France tandis que des perturbations circulent sur le pays, réunissant localement les conditions nécessaires à des chutes de neige jusqu'en plaine.
Les réanalyses météorologiques du 3 novembre permettent de comprendre cette configuration. En altitude, à environ 1 500 mètres, les températures sont voisines de 0 °C, voire légèrement négatives sur une partie du nord et de l'ouest du territoire. Plus haut dans l'atmosphère, la circulation dépressionnaire favorise l'instabilité et les mouvements ascendants.
La France se trouve alors au cœur d’une goutte froide centrée sur le nord-ouest du Massif central, alimentée par de l’air froid venu d’Europe de l’Est. Un front s’enroule autour de cette dépression d’altitude, provoquant d’abondantes précipitations dans un contexte de températures légèrement négatives, favorisant ainsi d’importantes chutes de neige.
Sur les cartes de réanalyse des précipitations, on distingue notamment une zone active traversant une partie du pays. Les secteurs où les précipitations se produisent dans un environnement suffisamment froid connaissent les accumulations les plus importantes.

Précipitations sur six heures et zones neigeuses le 3 novembre 1966 à 12 UTC. Réanalyse ECMWF ERA5, source Meteociel. Les zones hachurées correspondent à la représentation de la neige sur cette carte.
5 cm de neige à Paris et jusqu'à 10 cm à Poitiers
Le jeudi 3 novembre 1966, la neige surprend les habitants de nombreuses régions françaises. Dans la capitale, les flocons parviennent à tenir au sol en pleine journée, une situation tout à fait inhabituelle si tôt dans la saison.
On relève 4 à 5 cm de neige à Paris, une épaisseur suffisante pour blanchir les rues, les jardins et les véhicules. Les photographies d'époque témoignent d'un paysage étonnant : les branches encore feuillues ploient sous une neige humide et collante.
Plus au sud-ouest, le phénomène est encore plus marqué. Poitiers reçoit jusqu'à 10 cm de neige, une quantité remarquable en tout début de novembre. Dans le Poitou-Charentes, la chronique Météo-Villes souligne qu'il faut remonter à 1921 pour retrouver un épisode aussi précoce.
La répartition de ces chutes de neige est particulièrement intéressante. Il ne s'agit pas uniquement d'un refroidissement sec accompagné de quelques flocons isolés, mais d'un véritable épisode neigeux touchant plusieurs régions de plaine.
Ces quelques centimètres suffisent à transformer radicalement l'ambiance, à une époque où l'on s'attend davantage aux pluies automnales qu'aux premières batailles de boules de neige.

Vue du centre de Paris enneigée dans la matinée du 3 novembre 1966 - image d'archive meteo-paris.com
Des milliers de voyageurs bloqués et des paysages méconnaissables
Si les enfants accueillent avec enthousiasme cette neige inattendue, les conséquences sont beaucoup moins réjouissantes pour les transports.
À Paris, les fortes perturbations affectent notamment le réseau ferroviaire de la gare du Nord. Environ 70 000 banlieusards se retrouvent bloqués sur les quais, en raison de problèmes d'aiguillage survenant jusqu'à Saint-Denis.
Cet épisode illustre la vulnérabilité des infrastructures face à une neige humide, particulièrement lorsqu'elle survient de manière aussi précoce et inattendue.
Les photographies de l'époque offrent également un témoignage saisissant de l'événement. Des voitures anciennes couvertes de neige, des rues blanchies et des arbres encore feuillus composent un décor que l'on associerait davantage à décembre ou janvier. Ce contraste constitue d'ailleurs l'une des particularités les plus remarquables de novembre 1966 : la neige tombe avant la fin de la chute des feuilles.
Dans les Pyrénées, l'arrivée précoce de la neige favorise parallèlement l'ouverture anticipée de plusieurs stations, notamment La Mongie et Saint-Lary. Pourtant, cette offensive hivernale ne préfigure pas nécessairement un hiver rigoureux. Malgré les commentaires alarmistes de certains journaux de l'époque, la suite de la saison ne confirme pas la perspective d'un hiver particulièrement rude.

La neige du 3 novembre 1966 dans le centre de paris - photo d’archives meteo-paris.com
Une telle neige début novembre pourrait-elle se reproduire aujourd'hui ?
L'épisode de novembre 1966 montre qu'un enneigement significatif des plaines françaises reste météorologiquement possible dès le début du mois de novembre.
Pour qu'une situation comparable se reproduise, trois éléments doivent toutefois être réunis : une masse d'air suffisamment froide, une perturbation active et des températures permettant à la neige d'atteindre le sol sans fondre entièrement.
Un simple courant continental froid ne suffit donc pas. Lorsque les hautes pressions dominent, le temps peut devenir froid, notamment la nuit, mais rester parfaitement sec. À l'inverse, une perturbation active circulant dans une masse d'air trop douce apporte essentiellement de la pluie
En ce début novembre 2026, les tendances envisagent justement une influence continentale plus marquée, susceptible de favoriser des gelées sur plusieurs régions françaises.
Mais rien ne permet actuellement d'annoncer un épisode généralisé comparable à celui des 3 et 4 novembre 1966. Les scénarios les plus favorables à la neige nécessiteraient une évolution supplémentaire de la circulation atmosphérique, avec l'arrivée de précipitations suffisamment actives et des températures un peu plus basses.
Le réchauffement climatique réduit par ailleurs la fréquence des configurations propices à la neige en plaine, notamment en début de saison froide, sans rendre de tels épisodes impossibles. En 2026, les températures sont en moyenne supérieures d’environ 2 °C à celles de 1966. Toutefois, sous l’influence de certaines gouttes froides, elles peuvent encore descendre à des niveaux proches de ceux observés dans l’après-midi du 3 novembre 1966.
Cette offensive hivernale vieille de soixante ans rappelle surtout une réalité essentielle : les premiers jours de novembre peuvent parfois réserver des surprises spectaculaires, même si l'hiver météorologique ne commence officiellement que le 1er décembre.

Source historique principale >> Chronique Météo-Villes de l'année 1966
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Auteur : Guillaume Séchet


