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Quand l’Atlantique se déchaîne dès le début du mois d'octobre

 

172 km/h, 152 km/h à Paris : quand les tempêtes frappent la France dès début octobre

 

Alors que la France connaît actuellement un début octobre exceptionnellement calme, cette période de l’année peut aussi être marquée par de violentes tempêtes. L’histoire météo en apporte plusieurs exemples spectaculaires.

Le 9 octobre 1964, une violente tempête avait balayé une large partie du nord-ouest de la France. Les rafales avaient atteint 172 km/h à Deauville, 152 km/h au sommet de la Tour Eiffel et 148 km/h à Cherbourg, tandis qu’une dépression particulièrement creuse circulait sur la Manche. L’épisode avait provoqué de nombreux dégâts.

Le contraste avec ce début octobre 2026 est saisissant. Depuis plusieurs semaines, et même plusieurs mois, les hautes pressions dominent très régulièrement la France. Après un mois de septembre exceptionnellement sec, ce début octobre reste anormalement calme sur une grande partie du pays, sous l’influence d’un puissant blocage anticyclonique entre l’Atlantique et l’Europe centrale.

Cette situation pourrait presque faire oublier que la saison des premières tempêtes automnales est déjà ouverte. Début octobre, le courant océanique peut parfois se renforcer brutalement et envoyer de profondes dépressions vers la France. Ce n’est pas le scénario attendu dans l’immédiat en 2026, mais l’histoire météo montre que cette période de l’année peut déjà produire des phénomènes particulièrement violents.

Seules les régions méditerranéennes retrouvent actuellement un temps plus agité, avec la circulation de petites dépressions sur le sud de l’Europe et plusieurs épisodes pluvio-orageux parfois intenses entre l’est de l’Espagne et le golfe du Lion.

 

Image satellite de ce 5 octobre 2026 sur l'Europe - Via Windy

 

Si une dégradation temporairement plus étendue concernera la France en milieu de semaine, se montrant plus active une nouvelle-fois sur le sud-est, les hautes pressions pourraient ensuite de nouveau s'imposer rapidement entre l'Atlantique et la France, une situation décidément bien récurrente depuis maintenant plusieurs mois. 

La France vient pourtant de rentrer dans l'automne, une période marquant en général le retour d'un temps plus perturbé sur notre pays. En cette période de l'année, la circulation atmosphérique évolue en effet progressivement avec le retour de conditions plus automnales. Le courant océanique perturbé, généralement plus présent aux hautes latitudes durant l'été, commence en effet à descendre vers le sud à mesure que le contraste thermique augmente entre les régions polaires et les latitudes tempérées. Celui-ci peut alors davantage concerner l'Europe de l'Ouest et atteindre la France, favorisant le passage de perturbations et de dépressions.

Ce changement de circulation peut ainsi apporter un temps nettement plus agité sur l'Europe de l'ouest et la France, avec le retour de pluies plus fréquentes, d'épisodes venteux et parfois même des premières tempêtes de la saison. Cette situation est toutefois actuellement contrariée par la persistance de conditions anticycloniques sur une large partie de la France, maintenant un temps particulièrement calme pour cette période de l'année, excepté près de la Méditerranée. 

 

Situation observée en ce début octobre 2026 comparée à une situation plus classique en cette période de l'année - Météo-Villes

 

Si les tempêtes sont généralement plus fréquentes au cœur de l'hiver, certaines peuvent ainsi déjà concerner la France dès le début de l'automne lorsque le courant océanique perturbé devient suffisamment dynamique. Ce fut notamment le cas le 4 octobre 1984, avec l'ex-ouragan Hortense qui avait atteint le golfe de Gascogne et provoqué de très violentes rafales dans le sud du pays, jusqu'à 216 km/h au mont Aigoual. Quelques années plus tard, la très violente tempête des 15 et 16 octobre 1987 balayait la Bretagne et la Normandie avec des rafales dépassant localement 200 km/h. Plus récemment, la tempête Alex, les 2 et 3 octobre 2020, rappelait que de tels phénomènes peuvent se produire très tôt dans la saison, avec notamment 186 km/h relevés à Belle-Île.

 

La tempête de début octobre 1964

Dans un passé plus lointain, il y a maintenant 62 ans, ce fameux courant océanique perturbé concernait directement la France. Au début du mois d'octobre 1964, un temps bien plus perturbé concernait notre pays avec la circulation de plusieurs zones dépressionnaires entre l'Atlantique, les îles britanniques et le nord du pays. Deux d'entre-elles apporteront d'ailleurs deux tempêtes successives et de nombreux dégâts sur le nord-ouest de la France. 

Sous l'influence d'une vaste zone dépressionnaire s'étendant de l'Islande aux îles britanniques, un premier coup de vent/tempête fut observé sur un grand quart nord-ouest du pays en journée du 7 octobre 1964, apportant de puissantes rafales de vent de la Bretagne au Nord en passant par les côtes de la Manche mais des dégâts restant globalement limité. 

Après une journée du 8 octobre encore agitée, c'est le 9 octobre 1964 que la plus puissante tempête de ce début octobre 1964 fut observée sur le pays. Un minimum dépressionnaire particulièrement creux s'est en effet rapidement propagé de l'Atlantique vers les côtes de la Manche durant cette journée avec des pressions descendant temporairement sous les 965 hPa sur les côtes normandes en fin de journée du 9. 

Trajectoire de la tempête du 9 octobre 1964 sur le nord-ouest de la France - Archives Météo-Villes 

 

Cette dépression très creuse apportera de puissantes rafales de vent sur son passage sur un grand quart nord-ouest du pays mais plus particulièrement le long des côtes de la Manche. On pourra en effet relever jusqu'à 172 km/h à Deauville au plus fort de la tempête, 148 km/h à Cherbourg mais également jusqu'à 152 km/h au sommet de la Tour Eiffel à Paris. 

La Bretagne, et notamment les Côtes-du-Nord (actuelles Côtes-d’Armor), figurait parmi les secteurs les plus impactés par cette tempête. À Saint-Brieuc, de nombreux arbres ont été couchés ou arrachés et les rues se sont retrouvées jonchées de branches et d’ardoises. Plusieurs bâtiments ont également subi des dégâts aux toitures. À Pleumeur-Bodou, quatre petits bâtiments situés près du célèbre radôme de la station de télécommunications ont même été arrachés et détruits par les rafales, alors que le radôme a quant à lui résisté. Le trafic maritime a aussi été fortement perturbé dans la Manche, avec plusieurs navires en difficulté. Au Havre, le départ du paquebot France a par exemple été retardé de cinq heures.

La tempête ne s’est toutefois pas limitée aux régions littorales du nord-ouest. Les vents violents ont concerné une large partie du pays, avec des rafales atteignant 130 à 150 km/h au sommet de la tour Eiffel. Plusieurs personnes ont été blessées à Paris et des dégâts ont également été signalés dans les terres. En Seine-et-Marne, près de Mousseaux-lès-Bray, la chute d’une branche cassée par le vent a notamment causé la mort d’un cyclomotoriste. Un épisode particulièrement violent, alors même que la saison des tempêtes ne faisait que commencer.

 

Dégâts importants à Fécamp et au Havre suite au passage de la tempête du 9 octobre 1964 - Archives Météo-Villes

 

Si le temps se montre particulièrement calme en ce début octobre 2026 sur la France, cette situation ne doit pas faire oublier que cette période de l’année est également propice au retour des premières tempêtes automnales. Le courant océanique perturbé peut en effet déjà apporter des conditions nettement plus agitées sur le pays, avec parfois des épisodes particulièrement virulents, comme ce fut notamment le cas en octobre 1964.

 

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Auteur : Tristan Bergen

 

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Paris