Cyclones : le Pacifique s’emballe tandis que l’Atlantique reste vide

Trois ouragans évoluent simultanément sur le Pacifique nord en ce début septembre 2026 : Lowell, Karina et Marie. Une activité soutenue qui contraste fortement avec le calme actuel de l’Atlantique.
Trois ouragans dans le Pacifique et aucun dans l’Atlantique : El Niño accentue le contraste
Trois ouragans évoluent simultanément dans le Pacifique nord alors qu’aucun cyclone tropical n’est actuellement présent dans l’Atlantique. Ce contraste spectaculaire intervient à quelques jours seulement du pic statistique de la saison cyclonique atlantique. Il ne doit pourtant rien au hasard : le puissant épisode El Niño en cours tend précisément à favoriser l’activité cyclonique dans le Pacifique oriental et central, tout en la freinant dans l’Atlantique.
Trois ouragans simultanément sur le Pacifique
La situation est particulièrement impressionnante en ce début septembre 2026. Le National Hurricane Center suit simultanément Lowell, Karina et Marie. Lowell se trouve plusieurs centaines de kilomètres au sud des îles Hawaï, Karina plus à l’est et Marie plusieurs centaines de kilomètres à l’ouest-sud-ouest de l’extrémité de la Basse-Californie. (Centre National des Ouragans)
Le plus puissant est Lowell, qui a atteint la catégorie 5 avant de redescendre en catégorie 4. Vendredi, il développait encore des vents soutenus de l’ordre de 240 km/h, suffisamment puissants pour que les autorités américaines demandent aux habitants de l’archipel d’Hawaï de suivre attentivement son évolution. (Centre National des Ouragans)
Marie demeure également un ouragan tandis que Karina poursuit sa progression sur le Pacifique central. Cette concentration simultanée de plusieurs cyclones offre une image spectaculaire et très différente de celle observée de l’autre côté du continent américain.
Dans l’Atlantique : absolument rien à surveiller
Le contraste est saisissant.
Dans son bulletin de ce samedi 5 septembre, le National Hurricane Center ne signale aucun cyclone tropical actif dans l’Atlantique. Plus remarquable encore, aucune formation n’est attendue sur l’ensemble du bassin au cours des sept prochains jours. (Centre National des Ouragans)
Cette absence concerne aussi bien les Caraïbes que le golfe du Mexique et l’ensemble de l’Atlantique tropical jusqu’aux côtes africaines.

Alors que plusieurs ouragans évoluent dans le Pacifique, aucune formation cyclonique n’est prévue dans l’Atlantique au cours des sept prochains jours selon le National Hurricane Center.
Et pourtant, nous approchons du pic de la saison
Ce calme est d’autant plus remarquable que la date est particulièrement favorable aux cyclones.
L’activité cyclonique atlantique augmente généralement fortement entre la mi-août et le début septembre avant d’atteindre son maximum climatologique autour du 10 septembre. Nous nous trouvons donc presque exactement dans la période de l’année où les conditions sont statistiquement les plus favorables.
La mer est très chaude, les ondes tropicales quittant l’Afrique sont nombreuses et le bassin dispose généralement d’un potentiel élevé.
Mais cette année, un élément majeur vient modifier la donne : El Niño.

Évolution du nombre de cyclones et tempêtes tropicales depuis 100 ans et en fonction du des saisons sur le bassin du Nord de l'Atlantique
El Niño favorise les cyclones dans le Pacifique
El Niño correspond à un réchauffement anormal et durable des eaux du Pacifique équatorial. Mais son influence dépasse largement la seule température de l’océan : il modifie également les vents, la convection tropicale et la circulation atmosphérique à l’échelle de plusieurs milliers de kilomètres. (Centre de prévision climatique)
Et ses conséquences sur les cyclones sont particulièrement nettes.
La NOAA indique qu’en période d’El Niño, le cisaillement vertical du vent diminue généralement sur le Pacifique oriental tropical. Or, un faible cisaillement est l’un des ingrédients indispensables à la formation et à l’intensification des cyclones.
Lorsque les vents varient peu entre les basses et les hautes couches de l’atmosphère, les puissants orages qui constituent le cœur d’un cyclone peuvent rester organisés au-dessus du même centre de circulation.
Le système devient alors beaucoup plus facilement capable de se renforcer.
La NOAA résume très clairement ce mécanisme : El Niño favorise davantage d’ouragans dans le Pacifique oriental, car la zone où le cisaillement est faible s’étend davantage. (Centre de prévision climatique)
À cela s’ajoutent des eaux particulièrement chaudes dans une vaste partie du Pacifique. Une mer chaude fournit davantage d’énergie aux systèmes tropicaux et permet parfois aux cyclones de conserver leur intensité plus longtemps en progressant vers l’ouest. (Labo Océanographique NOAA)

El Niño correspond à un réchauffement anormal du Pacifique équatorial. Il modifie également la circulation atmosphérique et réduit généralement le cisaillement sur le Pacifique oriental, créant un environnement plus favorable aux cyclones.
Dans l’Atlantique, El Niño produit l’effet inverse
C’est précisément là que le phénomène devient particulièrement intéressant.
Les mêmes modifications de circulation atmosphérique qui rendent le Pacifique plus favorable produisent généralement l’effet inverse sur l’Atlantique.
El Niño renforce les vents d’ouest en altitude au-dessus de l’Atlantique tropical. Cela augmente le cisaillement vertical du vent, ce qui complique fortement l’organisation des perturbations tropicales.
Les amas orageux peuvent alors être décalés ou dispersés par les vents d’altitude avant d’avoir le temps de former une circulation cyclonique cohérente.
La NOAA rappelle donc qu’El Niño est généralement associé à moins d’ouragans dans l’Atlantique et davantage d’ouragans sur le Pacifique oriental. (Labo Océanographique NOAA)
C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles la NOAA envisageait dès le début de l’été une saison 2026 plutôt moins active que la normale dans l’Atlantique. (Labo Océanographique NOAA)
Le Pacifique pourrait encore produire un nouveau cyclone
L’activité du Pacifique pourrait même ne pas se limiter aux trois ouragans déjà présents.
Le NHC surveille une nouvelle zone située au large du sud-ouest du Mexique. Une dépression tropicale pourrait s’y former vers le milieu de la semaine prochaine et la probabilité de développement était estimée à 50 % à sept jours dans les derniers bulletins. (Centre National des Ouragans)

En plus de Lowell, Karina et Marie, une nouvelle zone de développement tropical est surveillée au large du sud-ouest du Mexique, où une dépression pourrait se former dans les prochains jours.
Un contraste presque parfait des effets d’El Niño
Il serait évidemment excessif d’attribuer chaque cyclone individuellement à El Niño. Le phénomène modifie les probabilités, mais n’explique jamais à lui seul la naissance d’un ouragan. (Centre de prévision climatique)
La situation de ce début septembre n’en demeure pas moins presque pédagogique : trois ouragans simultanément dans un Pacifique favorisé par El Niño, et aucun cyclone dans un Atlantique où le même phénomène tend au contraire à augmenter le cisaillement.
L’Atlantique pourra évidemment se réveiller dans les prochaines semaines. Septembre et octobre restent des mois à risque et une courte diminution du cisaillement peut suffire à permettre à une perturbation de s’organiser rapidement.
Mais pour l’instant, l’image est saisissante : le Pacifique fourmille de cyclones alors que l’Atlantique est totalement vide à quelques jours de son pic climatologique annuel.
Et le puissant El Niño de 2026 apparaît comme l’une des principales clés permettant d’expliquer ce contraste spectaculaire.
Auteur : Guillaume Séchet >>>

