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Où neige-t-il en France, à quelle saison et en quelles quantités ?

jeudi 19 novembre 2020

À une douzaine de jours l'hiver météorologique, beaucoup s'intéressent au retour potentiel de la neige. Où neige-t-il le plus en France et à quelles époques de l'année ? Éléments de réponse.

 

À quelle saison neige-t-il en France ?

 

Lorsqu'on parle de neige, on pense forcément à l'hiver. Toutefois, la neige peut aussi s'inviter sur les plaines françaises durant l'automne et le printemps.

 

Dates à partir desquelles peuvent tomber les premiers flocons de la saison en France - étude Guillaume Séchet - Y'a plus de saison !

 

On estime que les premiers flocons de neige peuvent être observés en plaine dès la première quinzaine d'octobre sur un large quart nord-est de la France, en incluant les régions centrales. Le phénomène peut même se manifester dès les premiers jours du mois d'octobre en allant vers les Ardennes - représentant fréquemment la première zone de plaine concernée à l'arrivée de la saison froide.

 

Le risque de flocons apparaît en seconde quinzaine d'octobre dans les terres du nord-ouest, plutôt en novembre près des côtes ainsi qu'au sud-ouest et sur les régions méditerranéennes. Le risque neigeux apparaît plus tardivement sur la côte d'Azur, plutôt dès le mois de décembre.

 

 

Dates auxquelles peuvent tomber les derniers flocons de la saison en France - étude Guillaume Séchet - Y'a plus de saison !

 

En règle générale, le risque de voir des flocons s'efface dès l'arrivée du mois d'avril sur la côte d'Azur. Il disparaît à la fin du mois d'avril sur les autres régions méditerranéennes ainsi que de la côte aquitaine à la côte vendéenne. Du sud-ouest aux côtes de la Manche, des flocons peuvent être observés jusqu'à la mi-mai.

 

Sur tout le nord, le centre et l'est de la France, on peut encore voir des flocons tomber jusqu'en seconde quinzaine du mois de mai, généralement au sein d'un ciel de traîne alimenté par une coulée d'air froid en altitude. En direction des Ardennes, le risque ne s'efface qu'à l'arrivée du mois de juin.

 

Notons que sur les montagnes, le risque neigeux ne disparaît jamais véritablement. Il peut neiger sur nos massifs même à la saison chaude, dès 1000 mètres sur les Vosges et le Jura, 1200 mètres sur le nord des Alpes et le Massif Central, 1300 mètres sur les Pyrénées et 1500 mètres sur les Alpes du sud.

 

 

L'impact du réchauffement sur la neige

 

Le réchauffement climatique a des conséquences bien visibles sur la neige en France. Au fil des décennies, le nombre de jours de neige recule sur l'ensemble du territoire.

 

Écart à la normale 1981-2010 des températures moyennes annuelles depuis 120 ans - via Météo France

 

Depuis les années 1990, le réchauffement climatique s'est accéléré en France et dans le monde. Ces dernières années, les anomalies thermiques annuelles sont conséquentes et la tendance à la hausse ne fait que s'accélérer, comme l'illustre le graphique ci-dessus.

 

De plus, ce graphique s'arrête à 2019 et ne montre pas l'année 2020 qui s'apprête à devenir la plus chaude jamais observée en France. En effet, l'anomalie sur les 11 premiers mois de 2020 possède une avance considérable sur l'anomalie de 2018 (ancienne année record). Même un mois de décembre frais à froid ne suffirait sans doute pas à empêcher ce record de tomber.

 

 

Nombre moyen de jours de neige par an avec les normales 1951-1980 et 1971-2000 - Météo Villes

 

Bien évidemment, l'augmentation des températures moyennes a un impact visible sur la fréquence des chutes de neige dans notre pays. L'infographie ci-dessus montre le nombre moyen de jours de neige par an - sachant que l'observation de quelques flocons suffit à ce qu'une journée soit comptabilisée comme un jour de neige. L'animation permet de voir la différence sur 20 ans, entre les normales 1951-1980 et les normales 1971-2000.

 

Le nombre moyen de jours de neige recule sur l'ensemble du territoire français même si la baisse est limitée sur les stations situées en altitude. C'est à Lyon que la raréfaction de la neige est la plus prononcée. En seulement 20 ans, le nombre de jours avec neige au cours d'une année y est passé de 20 à 13 ! À Auxerre, il est passé de 20 à 14. La baisse est également nette au sud-ouest avec un chiffre passant de 8 à 4 sur Toulouse.

 

Précisons que ces chiffres s'arrêtent à l'an 2000 et qu'on constate une poursuite - voire une accélération - de la raréfaction des chutes de neige en France au cours des 20 dernières années.

 

 

Quelle épaisseur de neige en plaine peut-on au maximum mesurer en France ?

 

Si le réchauffement rend les épisodes neigeux moins fréquents, il n'altère pas le risque d'épisodes neigeux majeurs pouvant donner des accumulations impressionnantes.

 

Épaisseur maximale de neige mesurée en moyenne tous les 50 ans - page 62 du livre Météo Extrême

 

En France, il arrive que des épisodes neigeux majeurs se produisent, paralysant parfois les activités. C'est dans l'ouest que les épaisseurs sont généralement les moins impressionnantes, souvent de l'ordre d'une quinzaine de centimètres pour les épisodes les plus marquants entre le nord de l'Aquitaine et l'est de la Bretagne. Sur les côtes de la Manche, il arrive que des traînes actives puissent apporter des cumuls de 25-30 cm (voire plus).

 

C'est dans l'est de la France que sont observés les épisodes neigeux les plus conséquents, généralement lors des retours d'est. Sous ces derniers, il arrive que les chutes de neige puissent durer plusieurs jours, donnant alors des épaisseurs importantes qui peuvent atteindre 30 à 40 cm en plaine.

 

Dans certaines de ces situations (surtout quand une dépression s'isole en Méditerranée), les chutes de neige peuvent toucher les régions méditerranéennes. Les précipitations qui remontent de la mer sont actives et se changent en neige au contact de l'air continental. Des épaisseurs de 30 cm peuvent alors être observées jusqu'aux rivages méditerranéens. Lors de ces épisodes, la moyenne vallée du Rhône peut recevoir 40 à 50 cm !

 

Notons que les quantités citées ont une période de retour d'environ 50 ans et qu'elles ne tiennent pas compte de la formation de congères qui peuvent largement amplifier les accumulations dans certaines conditions.

 

 

Quelques exemples d'épisodes neigeux majeurs

 

Depuis le 20ème siècle, de nombreux épisodes neigeux de grande ampleur ont été recensés aux quatre coins de la France, y compris que les régions où les flocons sont plus rares.

 

Paris sous 40 centimètres de neige début mars 1946

 

À Paris, l'épisode neigeux le plus important de l'histoire récente s'est produit entre le 1er et le 3 mars 1946. À l'époque, une dépression s'isole sur le sud-est de la France. Au nord de celle-ci, un axe neigeux durable se met en place des Pays de la Loire à la Belgique. C'est en Île-de-France que tombent les quantités les plus impressionnantes.

 

En l'espace de 3 jours, le manteau neigeux atteint 40 centimètres à Paris - un record depuis le début des mesures ! L’épaisseur de neige est telle que des toits et des verrières s’effondrent dans plusieurs quartiers de la capitale. Notons que des archives témoignent de 60 centimètres de neige sur la région parisienne lors de l'hiver 1709.

 

 

Les plaines de l'Ain sous 60 à 70 cm de neige en décembre 1990 - via Jean-Luc Maréchal & Mathias Gonzalez

 

Au centre-est, l'épisode neigeux de décembre 1990 est sans doute l'un des plus remarquables. Entre le 8 et le 11 décembre, un retour d'est apporte des quantités de neige exceptionnelles sur toute la région Rhône-Alpes, le sud de la Bourgogne et une partie de la Franche-Comté.

 

Les cumuls sont historiques : on mesure 69 cm à Ambérieu dans la plaine de l'Ain, 64 cm à Lons-le-Saunier sur la plaine du Jura et 50 cm à l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry ! Une couche de 89 cm est même mesurée à Faverges-de-la-Tour en Isère, une commune située à seulement 360 mètres d'altitude !

 

 

40 cm de neige sur la ville de Perpignan (66) le 8 mars 2010 - via Infoclimat

 

En mars 2010, un minimum dépressionnaire se positionne sur le golfe du Lion. Il entraîne un flux continental froid sur l'ensemble de la France et fait remonter des précipitations actives de Méditerranée. Il se met alors à neiger en abondance sur l'ouest de la Provence, la vallée du Rhône et le Languedoc mais c'est le Roussillon qui sera le plus durement touché en journée du 8 mars.

 

Sur la ville de Perpignan, il tombe environ 40 centimètres de neige et des coups de tonnerre sont même observés ! Dans l'intérieur de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, des accumulations de 50 à 60 cm sont constatées en plaine. Notons que Perpignan détient l'une des couches de neige les plus remarquables de France avec 85 centimètres tombés en deux jours au début du mois de février 1952 !

 

 

Voitures ensevelies à Gonneville (50) après une tempête historique le 13 mars 2013 - via Infoclimat

 

Sur le nord de la France, le dernier épisode neigeux d'ampleur historique s'est produit les 11 et 12 mars 2013. À l'époque, une dépression se creuse et longe la vallée de la Loire. Au nord du centre dépressionnaire, le flux continental apporte un air très froid et la circulation lente de la dépression génère des précipitations abondantes qui se produisent sous forme neigeuse, laissant des accumulations remarquables du nord de la Bretagne jusqu'à la Belgique.

 

Le département de la Manche est le plus touché. Cette tempête de neige dépose 30 à 50 centimètres de neige en moyenne et les vents violents forment des congères qui atteignent par endroits les 2 mètres, allant jusqu'à ensevelir des véhicules ! Les conditions de circulation sont restées perturbées durant plusieurs jours.

 

 

15 centimètres de neige sur Ajaccio le 27 février 2018 - via Serena Bacchiolelli

 

Alors que la fin février 2018 est glaciale sur l'ensemble de la France, l'air froid atteint le bassin méditerranéen où une forte instabilité se développe. Le 27 février 2018, la Corse est concernée par un épisode neigeux majeur qui s'étend aux plaines littorales (jusqu'aux plages). Il tombe une quinzaine de centimètres de neige sur Ajaccio et Bastia, offrant des paysages peu communs. Une belle preuve que même à l'ère du réchauffement, aucune région française n'est à l'abri d'un épisode neigeux d'ampleur.