Septembre 1987 : l’étonnante vague de chaleur qui précède la grande bascule climatique
Septembre 1987 : quand la chaleur annonce la grande bascule du climat français
En janvier 1987, Paris grelotte sous -13°C et la neige recouvre presque toute la France. En juillet, la fraîcheur domine encore souvent. Puis, quelques semaines plus tard, les températures atteignent soudainement 38°C en plein mois de septembre. Près de quarante ans après, cette étonnante année 1987 apparaît comme une véritable charnière : c’est précisément à la fin des années 1980 que les courbes de températures françaises commencent à s’envoler.
1987 commence dans un froid exceptionnel
Pour comprendre à quel point la vague de chaleur de septembre 1987 est étonnante, il faut revenir quelques mois en arrière.
L’année avait commencé dans des conditions radicalement opposées.
Entre le 10 et le 22 janvier 1987, une puissante vague de froid venue du nord-est de l’Europe envahit la France. Le 12 janvier, les températures deviennent parfois polaires : on relève -22°C à Mulhouse, -20°C à Château-Chinon, -16°C au Puy, -13°C à Paris et même -10°C à Marseille.
Dans l’après-midi, le thermomètre reste bloqué à -15°C à Langres, -12°C à Grenoble et -9°C à Paris.
Quelques jours plus tard, la neige recouvre une grande partie du territoire. Il tombe une dizaine de centimètres jusque dans Paris, tandis que le Languedoc connaît une véritable tempête de neige. Dans la capitale, les -10°C observés en pleine journée empêchent même le sel de faire correctement fondre la neige sur les chaussées.
Le froid ne disparaît réellement qu'au début du mois de février. Il revient ensuite à plusieurs reprises : de nouvelles chutes de neige concernent la France en février, des gelées persistent sur la moitié nord début mars et, phénomène aujourd'hui devenu exceptionnel, des flocons se mêlent encore à la pluie sur la moitié nord au début du mois de mai.

En janvier 1987, une vague de froid exceptionnelle recouvre une grande partie de la France de neige. À Paris, les températures descendent jusqu'à -13°C et restent parfois proches de -10°C en pleine journée.
Même l'été reste longtemps hésitant
L'arrivée de l'été ne marque pas franchement le début d'une période durablement chaude.
Le mois de juin est notamment marqué par le violent coup de galerne du 7 juin, avec des rafales dépassant localement 120 km/h dans le Sud-Ouest.
Puis juillet 1987 se montre généralement frais, notamment sur la moitié nord de la France. Le 17 juillet, le temps prend même des allures automnales : pluie, températures dignes d'un mois d'octobre et violente tempête sur la moitié nord.
La chaleur fait certes plusieurs apparitions au cours du mois d'août. Du 13 au 16 août, les températures atteignent 35 à 39°C sur la moitié sud, puis une nouvelle poussée chaude gagne également les régions septentrionales autour du 21 août.
Mais là encore, le changement est brutal.
Les 24 et 25 août, l'automne semble soudain s'installer : il tombe 85 mm de pluie en 24 heures à Paris et les maximales du 25 août plafonnent à seulement 12°C à Rouen, 13°C à Saint-Quentin et Beauvais et 14°C à Paris.
À la fin du mois d'août, personne ne peut donc réellement imaginer que l'épisode de chaleur le plus durable de l'été… reste encore à venir.
Puis 38°C en plein mois de septembre
Tout change brutalement quelques semaines plus tard.
Du 13 au 21 septembre 1987, une vague de chaleur s'installe sur une grande partie de la France.
Et il ne s'agit pas d'un simple épisode de douceur tardive.
Les températures atteignent des niveaux remarquables pour la saison : 38°C à Auch, 37°C à Saint-Girons, Clermont-Ferrand et Bordeaux, 36°C à Saint-Étienne et encore 35°C à Bourges.
Cette vague de chaleur dure plus d'une semaine et constitue même la plus longue séquence chaude de l'été 1987, alors qu'elle intervient pratiquement à l'approche de l'automne.

Du 13 au 21 septembre 1987, une remarquable vague de chaleur touche la France. Les températures atteignent 38°C à Auch, 37°C à Bordeaux et Clermont-Ferrand ou encore 35°C à Bourges. Carte des températures maximales au cours de la journée du 17 septembre 1987. Infoclimat.fr
À l'époque, cet épisode apparaît avant tout comme une extraordinaire anomalie météorologique.
Mais près de quarante ans plus tard, il prend une tout autre dimension.
Car lorsque l'on observe l'évolution des températures françaises sur plusieurs décennies, 1987 se situe précisément à proximité d'une rupture spectaculaire.
La France venait-elle de changer de climat ?
Il serait évidemment faux de dire que le réchauffement climatique a commencé en septembre 1987.
Le phénomène était déjà engagé auparavant et résulte d'une évolution climatique mondiale sur le long terme.
En revanche, la fin des années 1980 constitue une période charnière particulièrement visible dans les séries françaises.
Avant cette période, les anomalies mensuelles négatives restent très nombreuses et les mois particulièrement froids reviennent régulièrement. Puis la situation se modifie rapidement : les anomalies chaudes deviennent progressivement majoritaires et leur intensité augmente.
La moyenne mobile des températures françaises commence alors à monter de manière particulièrement nette.
La courbe de l'indicateur thermique annuel raconte exactement la même histoire : après plusieurs décennies de fluctuations autour de niveaux relativement stables, une hausse durable s'amorce à partir de la fin des années 1980 et devient de plus en plus spectaculaire au fil des décennies suivantes.

L'indicateur thermique national français montre une élévation particulièrement nette des températures moyennes à partir de la fin des années 1980, tendance qui s'accélère au cours des décennies suivantes.
C'est ce qui rend l'année 1987 si fascinante.
Elle commence encore dans un climat capable de produire -13°C à Paris, de la neige généralisée et même quelques flocons au début du mois de mai. Son mois de juillet reste souvent frais. Puis, quelques semaines plus tard, la France connaît jusqu'à 38°C en plein mois de septembre.
Une année météorologique qui semble presque raconter, à elle seule, le passage entre deux époques.
Depuis, les vagues de chaleur ont gagné en fréquence et en intensité, les épisodes très chauds se prolongent davantage en dehors du cœur de l'été et les anomalies chaudes ont très largement pris le dessus sur les anomalies froides.
La vague de chaleur de septembre 1987 n'a donc pas provoqué cette bascule. Mais avec le recul, elle apparaît comme un remarquable marqueur temporel : l'un de ces épisodes survenus exactement au moment où le climat français était en train de changer de visage.
Auteur : Guillaume Séchet


