Aucun ouragan sur l’Atlantique : une situation exceptionnelle

La saison cyclonique 2026 se montre pour le moment exceptionnellement calme sur l'Atlantique, mais la situation pourrait bien évoluer dans les prochaines semaines
Saison cyclonique 2026 : pourquoi le calme de l’Atlantique pourrait être trompeur
La saison des ouragans est pourtant censée battre son plein, mais l’Atlantique reste désespérément calme. À cette période de l’année, une activité aussi faible est particulièrement inhabituelle. Au 10 septembre, cinq tempêtes ont bien été nommées depuis le début de la saison, mais aucune n’a encore atteint le stade d’ouragan. La dernière en date, Edouard, a notamment touché la Louisiane et le Texas au début du mois, provoquant de fortes pluies et des inondations, sans toutefois dépasser le stade de tempête tropicale.
En moyenne, trois ouragans sont déjà apparus dans l’Atlantique à cette date, contre aucun cette année. L’énergie cumulée des cyclones, ou ACE, n’atteint de son côté que 4,4, soit environ 92 % sous la normale sur la période 1991-2020. Selon les scientifiques, il s’agit même du début de saison le plus calme observé dans l’Atlantique depuis au moins 60 ans. Et alors que le 10 septembre correspond au pic climatologique de la saison, le National Hurricane Center n’observe actuellement aucun cyclone tropical actif dans l’Atlantique.

Comparaison de l'ACE sur l'Atlantique et le Pacifique en 2026 par rapport à la moyenne 1991-2020 - Phil Klotzbach/CSU via The Weather Channel
Cette activité particulièrement faible n’est toutefois pas vraiment une surprise pour les spécialistes. L’une des principales explications se trouve dans le développement d’El Niño, un phénomène climatique qui réchauffe anormalement les eaux de surface du Pacifique équatorial. Celui-ci modifie la circulation atmosphérique à grande échelle et favorise notamment un renforcement du cisaillement vertical des vents au-dessus de l’Atlantique tropical.
Ces vents, qui soufflent plus fortement ou dans des directions différentes selon l’altitude, perturbent l’organisation des systèmes orageux et limitent ainsi la formation et le renforcement des cyclones. À l’inverse, El Niño tend à favoriser une activité cyclonique plus importante dans le Pacifique, ce qui contribue à expliquer le contraste particulièrement marqué entre les deux bassins cette année.
Ce phénomène avait d’ailleurs été pris en compte dès le début de la saison par la NOAA. En juin, l’agence américaine estimait à 55 % la probabilité d’une saison moins active que la normale, en grande partie en raison du développement attendu d’un El Niño fort. Les conditions observées depuis le début de la saison semblent pour l’instant confirmer cette tendance, avec une activité largement inférieure aux normales. Mais ces prévisions ne permettent pas pour autant de déterminer à elles seules la suite de la saison.
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Évolution de l'activité cyclonique sur l'Atlantique au fil des mois - NOAA
Cette faible activité ne signifie pas que la saison cyclonique est terminée. Septembre et octobre restent en effet des mois particulièrement propices à la formation de cyclones dans l’Atlantique, et les conditions peuvent encore évoluer rapidement au cours des prochaines semaines. Si de nouveaux phénomènes venaient à se former, leur trajectoire et leur évolution seraient alors à surveiller de près, y compris au-delà des zones directement concernées par les ouragans. Car certains de ces systèmes peuvent, plusieurs jours après leur formation, influencer le temps jusque sur l’Europe et la France.
Une situation à surveiller dans les prochaines semaines
Si l’activité cyclonique venait finalement à reprendre dans l’Atlantique dans les prochaines semaines, ses conséquences pourraient toutefois dépasser largement les régions tropicales. Chaque année, certains cyclones remontent progressivement vers le nord avant de perdre leurs caractéristiques tropicales et de devenir des dépressions extratropicales. Ces systèmes peuvent alors continuer leur route vers l’Europe, parfois jusqu’aux abords des côtes françaises en provoquant des tempêtes parfois virulentes comme ce fut le cas en septembre 1993 lorsque l'ex-cyclone Floyd s'est échoué sur la France en provoquant des vents de plus de 150 km/h sur le nord-ouest du pays.
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Évolution de la trajectoire de Floyd au mois de septembre 1993 - National Hurricane Center
Mais leur influence ne se limite pas nécessairement à leur trajectoire directe. En remontant vers le nord de l’Atlantique, ces anciens cyclones peuvent en effet modifier la circulation atmosphérique sur le nord du bassin. Leur interaction avec le courant-jet peut notamment modifier son comportement en entraînant le plus souvent une ondulation de celui-ci et favoriser une activité dépressionnaire plus importante sur l’ouest de l’Europe et la France. Cela peut alors se traduire par des perturbations plus fréquentes et parfois plus actives sur notre pays, quelques jours après le passage du système sur l’Atlantique.
Une reprise de l’activité cyclonique pourrait ainsi rendre la situation météorologique plus évolutive dans les semaines qui suivent. Selon la trajectoire et l’intensité des systèmes concernés, les conséquences sur la circulation atmosphérique peuvent être très différentes, avec notamment un courant-jet plus ondulé et des zones de basses pressions susceptibles de se renforcer sur l’Europe de l’Ouest. Pour la France, cela pourrait notamment favoriser le retour d’un temps plus perturbé, après les conditions particulièrement sèches et anticycloniques observées ces dernières semaines.
Cette éventuelle influence intervient alors que la France sort d’une période particulièrement sèche et souvent dominée par des conditions anticycloniques. Une modification de la circulation sur l’Atlantique pourrait donc contribuer à remettre progressivement les perturbations sur le devant de la scène. La reprise de l’activité cyclonique reste toutefois encore incertaine, mais si de nouveaux systèmes venaient à se former dans les prochaines semaines, ils pourraient favoriser un temps de nouveau beaucoup plus perturbé sur la France.
Les prévisions à long terme semblent d'ailleurs pour le moment aller dans ce sens. Après un mois de septembre à nouveau très sec, la situation pourrait devenir plus perturbée en octobre et surtout en novembre avec la reprise du courant océanique sur notre pays et donc le passage de perturbations plus fréquentes et actives. Il est toutefois difficile de savoir pour le moment si cette reprise d'un temps plus perturbé serait liée à une activité cyclonique plus franche sur l'Atlantique.

Anomalies de précipitations entre septembre et novembre 2026 sur l'Europe - CFS
El Niño peut lui aussi agir à distance sur le courant-jet et la circulation de l’Atlantique Nord, par l’intermédiaire de téléconnexions atmosphériques. Le réchauffement des eaux du Pacifique équatorial entraîne en effet des modifications de la circulation atmosphérique à grande échelle, qui peuvent se propager jusqu’à l’Europe. L’effet reste toutefois beaucoup moins direct et moins systématique que sur le Pacifique ou l’Amérique du Nord.
C’est surtout en hiver que cette influence peut devenir perceptible sur notre continent. Les épisodes d’El Niño sont associés à des modifications des régimes de circulation sur l’Atlantique Nord, qui peuvent notamment favoriser des vents d’ouest plus marqués et une circulation dépressionnaire plus active sur certaines parties de l'ouest l’Europe. Dans certaines configurations, cela peut donc favoriser un temps plus doux et plus humide, avec davantage de passages perturbés, même si le signal varie selon les années et entre le début et la fin de l’hiver.
Pour l’heure, les tendances à long terme semblent aller dans le sens d’un hiver plus perturbé en France, avec davantage de passages dépressionnaires et de perturbations atlantiques. Reste désormais à voir si ce scénario se confirme dans les prochains mois, en sachant que les prévisions à cette échéance peuvent encore largement évoluer.
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Auteur : Tristan Bergen

